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POESIE
Le borsalino, le homar et la queue de renard
Fable
de Mario Vicchi, alias Marius d'Alexandrie
Le
printemps était là ; c'était Cham-et-Nessim.
La
terre était joyeuse et le peuple était beau.
Un
homar kayyéfait en mâchant du bersim,
arborant
un splendide chapeau borsalino.
Sa
calotte de feutre -un trou pour chaque oreille-
laissait
passer doucement la brise printanière.
Le
ciel était limpide et un sage soleil
vous
faisait adorer la terre toute entière.
Les
relents du kabab qui grillait sur des sikh,
des
boulettes et du foul et de la bastourma,
ainsi
que de l'oignon, de l'ail et du fessikh,
chatouillaient
les narines des gars et des fatmas.
Or
dans ce paysage idyllique à souhait,
un
renard en goguette, plutôt désargenté,
aperçoit
le homar en train de kayyéfer,
son
chapeau flambant neuf sur son crâne planté.
"Bientôt
il fera chaud," se dit le canidé.
"Le
Khamsin va sévir, le soleil va darder,
et
moi -pourtant malin- je n'peux même pas m'offrir
le
moindre galurin ; j'en ai honte à mourir !"
Alors
se souvenant que, dès la communale,
il
avait étudié Esope et Juvénal,
il décide d'éprouver, pour son compte personnel,
la
sagesse éculée des fables éternelles,
"Baaaanjour
!" dit le renard, réveillant en sursaut
le
baudet somnolant à l'ombre des fougères.
"Je
parie volontiers que ton borsalino
te
fait faire des ravages parmi tes congénères !"
"Crois-tu
!" dit le homar, "Je ne sais pas y faire !
J'ai
le look, peut-être, hélas pas la manière.
Apprends-moi
s'il-te plaît, par-delà mes oeillères,
à
basbasser, draguer et séduire la moukère."
Que
croyez-vous que fit notre ami le maccar ?
Il
se frotta les pattes : "Je le ferai dare-dare !"
Et
en un tournequeue voici qu'il subtilise
le
précieux galurin, l'objet des convoitises...
C'est
à ce moment-là qu'à toute pompe débouche
un
beau hantour conduit par un mec à tarbouche
qui
va s'écrabouiller, pour éviter des gosses,
directo
sur un tram qui venait de Bacos.
Le
sang coulait à flots, la scène était dantesque.
Le
cheval du hantour saigna jusqu'à la mort.
Le
renard fut broyé et disparut -ou presque :
seule
sa queue frétillait, sectionnée de son corps !
"Que
voici une belle queue !" se dit notre homar.
Reprenant
son chapeau, il ramassa l'organe.
"Avec
mon couvre-chef et cette queue de renard
Je
serai le plus riche au royaume des ânes !"
"J'offrirai
la parure à la plus belle ânesse
et
j'en ferai vite fait ma fidèle maîtresse !"
Voici
donc de la fable toute l'immoralité:
Une
jolie queue vaut mieux qu'une grande habileté ...
M.V.
Rome, le 5 juin 2009
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